Lettre personnelle de

Mathieu K. Gouanou

Fondateur de BASE1: The World Informal Economy Summit

Chers bâtisseurs, travailleurs, alliés et amis,

Nous sommes le 1er mai 2026.

Exactement 140 ans après que les travailleurs ont marché à Chicago le 1er mai 1886 pour revendiquer dignité et temps, nous ouvrons un nouveau chapitre de la même histoire inachevée. À l'époque, la revendication portait sur la journée de huit heures. Aujourd'hui, la revendication porte sur la visibilité, la capacité d'agir et la participation équitable aux systèmes économiques pour les personnes qui travaillent encore sans protection, sans reconnaissance et sans voix.

Je vous écris en tant que personne ayant consacré des années à écouter dans des ministères, des marchés, des coopératives, des programmes de terrain, des réseaux de mobile money et des communautés de travailleurs informels. Différentes géographies. Différentes institutions. Différentes langues. Pourtant, le même schéma récurrent : les personnes qui font tenir les économies locales sont, bien trop souvent, les moins représentées dans les systèmes formels.

Les chiffres sont trop importants pour être ignorés. Le White Paper du Formalization Velocity Index™ (FVI) de BASE1 cite 2,1 milliards de travailleurs en emploi informel à l'échelle mondiale, soit 57,8 % de la main-d'œuvre mondiale. La même source indique que plus de 35 % du PIB dans les pays à revenu faible et intermédiaire provient d'activités informelles, et que 8 entreprises sur 10 dans le monde opèrent de manière informelle [Source 1].

Il ne s'agit pas de cas exceptionnels. Il s'agit d'une couche opérationnelle centrale de l'économie mondiale.

Notre responsabilité n'est pas de romantiser l'informalité. Notre responsabilité est de cesser de la traiter comme une condition permanente. Il ne suffit pas non plus de compter les personnes et de publier des rapports annuels. Nous devons construire des passerelles permettant aux travailleurs de passer de la vulnérabilité à la stabilité, de l'opacité de l'argent liquide à une identité économique reconnue, des cycles de survie à des trajectoires dans lesquelles on peut investir.

C'est la raison d'être de BASE1.

BASE1 n'est pas une campagne construite autour d'un slogan. C'est un mouvement collaboratif orienté vers une transition mesurable. Notre proposition centrale est simple : nous ne mesurons pas l'informalité comme un état figé. Nous mesurons la formalisation comme un mouvement [Source 1]. Nous avons conçu l'Indice de Vélocité de Formalisation pour aider chacun à voir où le progrès s'accélère, où il stagne et quelles actions mener ensuite.

Cette première newsletter est une invitation à cocréer. Pas à consommer. Pas à applaudir. À construire.

Si vous travaillez dans un gouvernement, une institution de financement du développement, une fondation, une fintech, un opérateur télécom, une institution de microfinance, une ONG, une fédération de travailleurs ou un réseau d'entreprises locales, il y a une place pour vous dans ce qui vient.

En cette Fête du Travail, nous honorons les combats qui ont conquis des droits pour les travailleurs formels. Nous reconnaissons aussi la promesse inachevée. Des droits qui n'atteignent pas encore la majorité. Des systèmes qui n'incluent pas encore 2,1 milliards de travailleurs. Qui ne sont pas encore complets.

Je vous invite à lire ce manifeste comme un document de travail. Remettez-le en question. Améliorez-le. Ajoutez votre intelligence institutionnelle. Ajoutez votre connaissance locale. Ajoutez votre réalité opérationnelle.

L'avenir de la formalisation ne sera pas écrit par une seule organisation. Il sera construit par des écosystèmes alignés.

Avec respect et urgence,

Mathieu K. Gouanou

La scène d'ouverture

La Fête du Travail est née de la lutte ouvrière, du sacrifice et de l'organisation collective. Les événements autour du 1er mai 1886 et de Haymarket comptent encore aujourd'hui parce qu'ils ont établi un principe : le travail n'est pas seulement une transaction économique. Le travail est vie sociale, droits, sécurité et dignité humaine.

Au fil du temps, de nombreuses institutions du travail se sont construites autour de la relation salariale formelle. C'était historiquement compréhensible. Les fiches de paie étaient plus faciles à suivre que le travail indépendant. Les usines enregistrées étaient plus faciles à réguler que les micro-entreprises dispersées. Les contrats formels étaient plus faciles à faire respecter que les accords verbaux ou saisonniers.

Mais dans une grande partie du monde, ce modèle n'est jamais devenu la réalité dominante pour les travailleurs.

La recherche sur les investisseurs multilatéraux et bilatéraux dans les documents chargés confirme que les principales institutions reconnaissent désormais cet écart. L'analyse de la Banque mondiale dans cette recherche indique que l'informalité peut représenter plus de 70 % de l'emploi dans les économies émergentes et en développement, et près d'un tiers du PIB [Source 2]. La même recherche souligne que le développement durable et la réduction de la pauvreté sont impossibles si la majorité des travailleurs restent en dehors de la protection sociale et des systèmes financiers formels [Source 2].

Ainsi, en cette Fête du Travail, le défi n'est pas de savoir si les travailleurs formels comptent. Bien sûr qu'ils comptent. Le défi est de savoir si nos systèmes de politique, de financement et de mise en œuvre définissent encore le progrès du travail de manière trop étroite.

Si nos cadres célèbrent les travailleurs que les institutions peuvent déjà voir, et passent à côté des travailleurs que les institutions ne peuvent pas encore bien servir, alors nous avons un problème de conception.

C'est pourquoi la scène d'ouverture de BASE1 doit être honnête. La question du travail en 2026 ne porte plus seulement sur les normes du travail au sein de l'emploi formel. Elle porte aussi sur l'architecture de transition pour les travailleurs et les entreprises qui franchissent quotidiennement la frontière entre le formel et l'informel.

Cette frontière est dynamique. Les travailleurs alternent entre le travail occasionnel, le travail indépendant, le commerce saisonnier, les emplois sur les plateformes numériques, le travail domestique, les services de transport et les rôles de petits producteurs. Les entreprises changent de statut d'enregistrement selon l'évolution des conditions. Les ménages combinent des flux de revenus formels et informels pour survivre.

Une grille de lecture institutionnelle statique ne peut pas saisir cette réalité vécue.

Ce dont nous avons besoin maintenant, c'est d'un contrat social élargi pour le travail, incluant quatre éléments :

  • la visibilité dans les systèmes de données,

  • l'accès à la protection sociale,

  • l'accès à un financement équitable et utilisable,

  • et des passerelles concrètes vers la formalisation progressive.

La Fête du Travail nous a donné un langage de droits. Le chapitre suivant nous demande de construire l'infrastructure de l'inclusion.

La majorité invisible

L'expression « majorité invisible » n'est pas de la rhétorique. C'est un constat empirique.

Le White Paper du FVI de BASE1 cite 2,1 milliards de travailleurs en emploi informel à l'échelle mondiale, soit 57,8 % de la main-d'œuvre mondiale [Source 1]. Il cite également plus de 35 % du PIB dans les pays à revenu faible et intermédiaire provenant d'activités informelles, ainsi que l'estimation selon laquelle 8 entreprises sur 10 dans le monde opèrent de manière informelle [Source 1].

Cette échelle transforme la manière dont nous devons penser la croissance, la résilience et l'avenir du travail.

Réalité régionale

L'informalité est distribuée à l'échelle mondiale mais concentrée régionalement. Le tableau du White Paper indique :

  • Afrique : 85 % de taux d'emploi informel, avec une estimation de 340 à 420 millions de travailleurs informels [Source 1]

  • Asie-Pacifique : 68 % de taux d'emploi informel, avec une estimation de 1,1 à 1,3 milliard de travailleurs informels [Source 1]

  • Amérique latine et Caraïbes : 52 % de taux d'emploi informel, avec une estimation de 140 à 160 millions de travailleurs informels [Source 1]

  • États arabes : 69 % de taux d'emploi informel, avec une estimation de 80 à 110 millions de travailleurs informels [Source 1]

  • Europe et Asie centrale : 25 % de taux d'emploi informel, avec une estimation de 70 à 90 millions de travailleurs informels [Source 1]

La distribution met en lumière deux réalités simultanées. Premièrement, l'informalité est fortement concentrée dans les régions où les systèmes publics font face à de fortes contraintes de capacité de prestation. Deuxièmement, l'informalité est présente dans toutes les régions, y compris celles dotées d'institutions formelles plus solides.

Ce n'est pas un problème régional isolé. C'est un problème de systèmes mondiaux avec des configurations régionales différenciées.

Réalité de genre

Le White Paper rend explicite la dimension de genre. Il indique que les femmes représentent environ 55 à 58 % des travailleurs informels dans de nombreuses régions en dévIgnorer cette majorité n'est plus un choix de politique neutre. C'est un risque de croissance, un risque de résilience et un risque de légitimité.

La Source 1 relie l'informalité à un potentiel non réalisé à l'échelle mondiale, citant plus de 5 000 milliards de dollars de potentiel économique non réalisé dans la section de la déclaration [Source 1]. La Source 2 documente comment l'informalité affaiblit la capacité fiscale et l'efficacité macroéconomique lorsqu'elle n'est pas traitée [Source 2].

En résumé, aucune stratégie sérieuse de croissance inclusive, d'adaptation climatique ou d'emploi productif ne peut faire l'impasse sur l'économie informelle.

La majorité est déjà là.

La vraie question est de savoir si les institutions peuvent s'aligner assez rapidement pour la servir.

Comment l'invisibilité se manifeste en pratique

Lorsque cette majorité reste invisible pour les systèmes, trois résultats prévisibles apparaissent.

Premièrement, les travailleurs paient davantage pour accéder aux services de base. Les coûts informels, les coûts de déplacement et les coûts d'opportunité remplacent la prestation prévisible de services.

Deuxièmement, les gouvernements perdent en précision politique. Les programmes sont financés, mais les erreurs de ciblage et de séquençage réduisent l'impact.

Troisièmement, les financeurs font face à une incertitude évitable. Sans traces de données reconnues, ils évaluent le risque de manière conservatrice, ce qui renchérit le coût du capital pour des personnes déjà exclues.

C'est pourquoi la visibilité n'est pas seulement un impératif moral. C'est un impératif de productivité. Une meilleure visibilité améliore la qualité de l'allocation pour tous les acteurs du système.

Les trois failles

Ce manifeste postule que l'effort mondial de formalisation est actuellement limité par trois failles systémiques : la faille de mesure, la faille de capital et la faille de voix.

Aucune de ces failles n'est absolue. Des progrès existent dans chaque domaine. Mais les progrès restent trop fragmentés et trop lents au regard de l'ampleur du défi.

Faille 1 : Nous mesurons ce qu'il ne faut pas, trop tard

La Source 1 l'affirme clairement : pendant des décennies, les institutions ont mesuré intensément l'informalité mais ont souvent posé la mauvaise question opérationnelle [Source 1]. Les photographies statiques répondent à « combien sont informels aujourd'hui », mais pas à « où la formalisation s'accélère-t-elle demain ».

Le White Paper identifie quatre faiblesses pratiques du modèle de mesure hérité [Source 1] :

  1. des cycles de données rétrospectifs,

  2. des photographies statiques à faible valeur directionnelle,

  3. des métriques descriptives à utilité prédictive limitée,

  4. une faible actionnabilité pour le calendrier des investissements et des politiques.

Il cite également le fait que les enquêtes annuelles peuvent prendre de 12 à 24 mois pour être compilées, analysées et publiées [Source 1]. Dans des environnements à haute volatilité, ce délai est opérationnellement coûteux.

Un ministère qui décide où prioriser la simplification de l'enregistrement ne peut pas se fonder uniquement sur des photographies datant de plusieurs années. Une IFD qui décide où déployer un financement mixte ne peut pas se fonder uniquement sur des moyennes statiques. Une fintech qui décide où tester des innovations de crédit pour des populations à profil financier mince ne peut pas se fonder uniquement sur des agrégats nationaux historiques.

Ce qui se perd dans la mesure statique, c'est le momentum.

La proposition centrale du White Paper est de passer de la mesure de statut à la mesure de transition, via la vélocité de formalisation, l'engagement des acteurs, l'opportunité ajustée au risque et des couches de prévision [Source 1]. Que le modèle exact soit adopté ou non, la logique sous-jacente est difficile à réfuter :

  • les transitions sont dynamiques,

  • les fenêtres politiques sont sensibles au temps,

  • et l'allocation de capital s'améliore quand l'intelligence temporelle s'améliore.

Une autre faille de mesure est la fausse comparabilité.

Deux pays peuvent partager des niveaux d'informalité similaires et avoir des trajectoires très différentes. La Source 1 le pose explicitement, illustrant qu'un pays avec une informalité actuelle plus élevée mais une vélocité plus forte peut constituer un environnement de transition plus attractif qu'un pays à informalité plus faible avec un momentum faible [Source 1].

Si nous classons uniquement par taux d'informalité actuels, nous mal-allouons l'attention.

Une troisième faille de mesure est la faible intégration entre les couches d'acteurs.

La Source 2 et la Source 3 montrent que l'engagement gouvernemental, le soutien des agences de développement, l'exécution du secteur privé et la confiance communautaire comptent pour la mise en œuvre. Pourtant, la plupart des jeux de données traditionnels ne sont pas conçus pour suivre cette qualité d'exécution combinée en temps quasi réel.

Le résultat n'est pas seulement de mauvaises données. C'est un mauvais design de séquençage.

Quand le design de séquençage échoue :

  • des pilotes de protection sociale se lancent avant que les systèmes d'incorporation des bénéficiaires soient prêts,

  • des produits de finance numérique se lancent sans infrastructure de confiance,

  • et des incitations à la formalisation se lancent sans accessibilité administrative.

La mesure n'est pas une couche de reporting. C'est une couche de coordination.

Quand nous mesurons trop tard et trop étroitement, la coordination échoue par conception.

Faille 2 : Le capital est actif, mais l'alignement est faible

La seconde faille ne réside pas dans l'absence de gros titres sur le capital. Elle réside dans la faible conversion des engagements de capital en passerelles systémiques de transition.

Conformément aux instructions, nous n'utilisons pas un chiffre non vérifié de 400 milliards de dollars. Nous utilisons des preuves vérifiées provenant des quatre sources requises.

Exemples vérifiés de la Source 2 :

  • L'IFC estime un déficit de financement pour les MPME à 8 000 milliards de dollars lorsque les entreprises informelles sont incluses [Source 2].

  • L'IFC a lancé la plateforme Base de la Pyramide d'un milliard de dollars en 2021 [Source 2].

  • La plateforme MPME de l'IFC de mai 2024 alloue jusqu'à 4 milliards de dollars de l'IFC et vise à mobiliser 4 milliards supplémentaires via des intermédiaires [Source 2].

  • L'AFAWA de la BAD répond à un déficit de financement de 42 milliards de dollars pour les femmes entrepreneures [Source 2].

  • L'AFAWA avait approuvé plus de 804 millions de dollars via des institutions financières partenaires dans 23 pays fin 2022 [Source 2].

  • Les subventions de USAID Digital Invest devraient débloquer plus de 300 millions de dollars en capital privé pour les fournisseurs de SFN et les entreprises de services internet [Source 2].

  • Les données du GIIN dans le rapport citent un marché de l'investissement à impact de 1 571 milliards de dollars et indiquent qu'en 2024, 27 % des investisseurs à impact interrogés avaient alloué 30 % ou plus de leurs actifs à des entreprises détenues ou dirigées majoritairement par des femmes [Source 2].

Ce sont des engagements substantiels et des signaux de mobilisation.

Alors, où est la faille ?

La faille se situe dans la logique de conversion du dernier kilomètre.

La Source 2 décrit à plusieurs reprises un écart entre l'architecture de financement au niveau macro et les réalités au niveau micro des entreprises informelles [Source 2]. Cette formulation est centrale. Elle apparaît sous différentes formes à travers les institutions.

Le capital peut être annoncé à grande échelle tandis que la mise en œuvre reste contrainte par :

  • une infrastructure de distribution faible,

  • des données locales insuffisantes pour l'origination ou le ciblage des bénéficiaires,

  • une forte friction d'incorporation,

  • un faible ajustement produit-marché pour les revenus irréguliers,

  • et des liens faibles entre protection sociale, financement et services aux entreprises.

La Source 3 reflète le même schéma du côté de l'écosystème : des organisations bénéficiant d'une profonde confiance des travailleurs ont fréquemment besoin de capacités de digitalisation, d'infrastructure d'identité et d'outils intégrés pour convertir l'intention en prestation pratique de services [Source 3].

En d'autres termes, les canaux de capital et les canaux communautaires sont présents, mais insuffisamment intégrés.

Une seconde faille de capital est le décalage dans l'architecture de risque.

Les prêteurs formels dépendent encore largement d'historiques de crédit et de documents que de nombreux travailleurs informels ne peuvent pas fournir. La Source 2 documente que 70 % des MPME dans les marchés émergents manquent de financement adéquat [Source 2]. La Source 1 et la Source 4 soulignent que cela est dû non seulement au manque de capacité de remboursement, mais au manque de traces de données reconnues auxquelles les institutions font confiance [Sources 1, 4].

Sans de meilleurs outils de traduction du risque, le capital reste en haut de la chaîne ou devient trop coûteux en bas.

Une troisième faille de capital est la sous-performance du design genré.

Malgré les engagements croissants en matière de prisme de genre, la Source 1 continue de signaler un déficit de financement de 1 900 milliards de dollars pour les femmes entrepreneures [Source 1]. La Source 2 et la Source 3 montrent des réponses institutionnelles solides, mais confirment aussi des barrières persistantes incluant des lacunes de conception de produits, des lacunes d'adoption numérique et des lacunes de capacité [Sources 2, 3].

Si les produits de capital ne s'ajustent pas aux cycles réels des entreprises et aux contraintes des femmes, les statistiques de déploiement s'amélioreront tandis que la qualité de l'impact stagnera.

Une quatrième faille de capital est la fragmentation des pilotes.

De nombreuses institutions sont désormais ouvertes aux pilotes. C'est positif. Cependant, la conception des pilotes manque fréquemment d'un chemin clair vers l'intégration dans les politiques, l'intégration dans les portefeuilles ou le passage à l'échelle interopérable.

Une distinction utile :

  • le pilote comme simple preuve de concept,

  • versus le pilote comme étape de migration systémique.

C'est le second dont la formalisation à l'échelle a besoin.

Une stratégie de capital pour la transition de l'économie informelle devrait combiner :

  1. du capital catalytique avec des KPI mesurables de transition,

  2. des données locales et une infrastructure de confiance,

  3. l'adaptation des produits aux réalités de revenus irréguliers,

  4. des exigences explicites de design genré,

  5. des parcours de mise à l'échelle définis avant le lancement du pilote.

Sans cela, le capital peut se déplacer en volume tandis que la persistance de l'informalité reste élevée.

Faille 3 : Les personnes les plus étudiées sont encore rarement co-conceptrices

La troisième faille est la voix.

Les travailleurs informels sont profondément étudiés, fréquemment profilés et souvent représentés de manière indirecte. Mais ils ne sont toujours pas systématiquement intégrés comme partenaires de co-conception dans les cycles de politiques et de produits.

La Source 3 fournit une cartographie solide des institutions centrées sur les travailleurs : WIEGO, SEWA, StreetNet, IDWF, BRAC, CARE et d'autres. Nombre d'entre elles ont des scores d'activité très élevés et une légitimité directe auprès des communautés de travailleurs [Source 3].

La même source documente également des besoins non satisfaits en matière d'infrastructure numérique, de modernisation des services et de modèles de mise en œuvre évolutifs [Source 3].

Cela devrait transformer notre définition de la voix.

La voix, ce n'est pas seulement des ateliers de consultation.

La voix signifie que les travailleurs et les institutions de travailleurs ont une influence structurée sur :

  • la formulation du problème,

  • la conception de la solution,

  • les règles de prestation,

  • les métriques de succès,

  • et les cycles de redevabilité.

Une politique conçue pour les travailleurs informels n'est pas équivalente à une politique co-conçue avec les travailleurs informels.

Un produit commercialisé auprès des travailleurs informels n'est pas équivalent à un produit itéré avec leurs données économiques et leurs flux de travail vécus.

La faille de voix se manifeste sous trois formes pratiques.

Forme 1:

Représentation sans protocole.

Les réunions de parties prenantes incluent des représentants de la société civile mais manquent de protocole décisionnel reliant les preuves de terrain aux révisions de produits ou de politiques.

Forme 2:

Validation en fin de processus, pas au début.

Les communautés sont invitées à « valider » des conceptions quasi-finales plutôt qu'à cocréer l'architecture dès le départ.

Forme 3:

Narrative asymmetry.

Les acteurs institutionnels publient la majorité des récits de données, tandis que les organisations de travailleurs manquent d'infrastructure analytique et de publication équivalente.

La Source 3 pointe en réalité vers la solution. Elle identifie de multiples organisations prêtes pour l'hébergement de pilotes, des partenariats de distribution et des modèles de mise en œuvre conjointe [Source 3]. C'est une base pratique pour passer de la rhétorique de la voix à l'infrastructure de la voix.

La recherche sur les investisseurs dans la Source 2 appuie également cette direction. De nombreuses institutions recherchent explicitement des partenaires capables de faire le pont entre la politique et l'exécution du dernier kilomètre [Source 2]. Les organisations de travailleurs et les réseaux de terrain de confiance ne sont pas périphériques à ce pont. Ils en sont essentiels.

Un modèle de formalisation corrigé par la voix devrait inclure :

  • la cogouvernance de la conception des pilotes,

  • la transparence communautaire sur les métriques de performance,

  • la compensation et la reconnaissance du savoir local de mise en œuvre,

  • et des flux de données bidirectionnels où les preuves communautaires façonnent les décisions institutionnelles.

Le point le plus profond est celui-ci : la voix n'est pas un complément éthique à la formalisation. C'est un multiplicateur de mise en œuvre.

Les systèmes construits sans voix locale tendent à échouer au stade de l'adoption. Les systèmes construits avec la voix locale tendent à détecter les risques plus tôt, à s'adapter plus vite et à maintenir la confiance plus longtemps.

Si la faille de mesure fausse le calendrier, et si la faille de capital fausse le déploiement, la faille de voix fausse la légitimité.

Et sans légitimité, l'échelle ne tient pas.

La Déclaration BASE1

La Déclaration BASE1 propose sept engagements pour un mouvement collaboratif de formalisation. Chaque engagement est conçu pour être actionnable, mesurable et ouvert à la co-appropriation.

Engagement 1:

Nous nous engageons à mesurer les transitions, pas à étiqueter de manière statique

Nous prioriserons les métriques qui suivent le mouvement, l'accélération et la qualité de mise en œuvre. Les taux statiques restent importants, mais ne suffisent pas pour l'action. Nous promouvrons des cadres de mesure partagés qui aident les gouvernements, les financeurs et les acteurs de terrain à coordonner leurs décisions sur des cycles plus courts.

Protocole d'action :

  • utiliser des indicateurs de référence complétés par le momentum,

  • publier les cadences de mise à jour de manière transparente,

  • et connecter les produits de données à des points de décision explicites.

Engagement 2:

Nous nous engageons sur un parcours de formalisation centré sur le travailleur

La formalisation ne peut se réduire au seul enregistrement. Nous nous engageons à construire des parcours qui relient identité, paiements, appui aux entreprises, protection sociale et progression des droits.

Protocole d'action :

  • définir un paquet minimum de services pour chaque pilote,

  • inclure un accompagnement post-enregistrement,

  • et suivre la rétention et la qualité des résultats, pas seulement les inscriptions.

Engagement 3:

Nous nous engageons sur un design de systèmes sensible au genre

Au vu des preuves de la surreprésentation des femmes dans les segments informels vulnérables et du déficit de financement persistant, la réponse genrée doit être intégrée dès la conception [Sources 1, 2].

Protocole d'action :

  • désagréger les données par genre,

  • tester les produits en fonction des schémas réels de trésorerie des femmes,

  • et inclure les organisations dirigées par des femmes dans la gouvernance de la conception.

Engagement 4:

Nous nous engageons sur des partenariats de mise en œuvre du dernier kilomètre

Les grandes institutions disposent de capital et de levier politique. Les organisations de travailleurs et les canaux locaux disposent de confiance et d'intelligence de prestation. Nous nous engageons sur des modèles de partenariat qui intègrent les deux.

Protocole d'action :

  • co-concevoir les pilotes avec les organisations locales,

  • définir une valeur réciproque pour tous les partenaires,

  • et inclure des budgets de renforcement des capacités pour la mise en œuvre locale.

Engagement 5:

Nous nous engageons sur l'interopérabilité pratique

Les systèmes fragmentés créent des coûts de friction pour les travailleurs et les institutions. Nous nous engageons à rechercher l'interopérabilité entre les données, les rails de paiement, les flux d'enregistrement et les interfaces des programmes sociaux là où c'est faisable.

Protocole d'action :

  • cartographier les dépendances d'interfaces avant le lancement,

  • adopter des standards ouverts là où ils existent,

  • et publier les critères de préparation à l'intégration.

Engagement 6:

Nous nous engageons sur un séquençage responsable du capital

Le capital doit être déployé là où la préparation à la mise en œuvre et le momentum de transition peuvent l'absorber productivement. Nous nous engageons à lier les décisions d'investissement à des diagnostics de préparation et à des parcours clairs de mise à l'échelle.

Protocole d'action :

  • exiger des plans de passage du pilote à l'échelle dès le départ,

  • lier les décaissements à des jalons de mise en œuvre,

  • et inclure un appui à la traduction du risque pour les populations à profil financier mince.

Engagement 7:

Nous nous engageons sur la redevabilité partagée et l'apprentissage

La formalisation à l'échelle impliquera de l'incertitude. Nous nous engageons sur des cycles d'apprentissage transparents qui partagent ce qui fonctionne, ce qui échoue et ce qui change.

Protocole d'action :

  • publier des notes d'apprentissage trimestrielles,

  • conduire des sessions de revue croisée entre partenaires,

  • et maintenir des registres ouverts de problèmes pour les points de friction des politiques et des produits.

La déclaration en pratique

Ces engagements ne sont pas abstraits. Ils s'alignent sur des preuves vérifiées provenant des quatre sources requises :

  • La Source 1 identifie le défi d'échelle et la nécessité de passer de la description statique à l'intelligence du momentum.

  • La Source 2 documente la croissance du capital institutionnel et l'écart entre politique et pratique.

  • La Source 3 cartographie les acteurs écosystémiques de confiance dotés d'une forte légitimité de terrain et d'un potentiel de mise en œuvre.

  • La Source 4 renforce la thèse de plateforme : des couches de mesure intégrées peuvent accélérer les résultats de formalisation.

Cette déclaration est donc à la fois normative et opérationnelle.

Normative, parce qu'elle affirme la dignité, les droits et l'inclusion.

Opérationnelle, parce qu'elle définit des mécanismes de collaboration déployables dans des programmes réels.

Principes opérationnels partagés pour les sept engagements

Pour garder ces engagements pratiques, BASE1 propose cinq principes opérationnels partagés pour tous les acteurs participants :

  1. Collaboration minimale viable : commencer par des livrables concrets et circonscrits plutôt que par des mémorandums larges aux trajectoires d'exécution floues.

  2. Preuve avant expansion : valider les résultats dans des pilotes transparents avant d'amplifier des revendications d'échelle.

  3. Humilité institutionnelle : combiner les cadres globaux avec l'intelligence locale de mise en œuvre.

  4. Valeur réciproque : chaque partenaire doit tirer une valeur opérationnelle, pas seulement une association réputationnelle.

  5. Discipline d'apprentissage public : publier ce qui n'a pas fonctionné, pas seulement les récits de succès.

Ces principes sont conçus pour protéger le momentum contre les schémas courants d'échec : la sur-conception, les promesses excessives et la sous-coordination.

Les cent premiers jours

Les cent premiers jours de BASE1 s'étendent du 1er mai 2026 au 1er août 2026.

L'objectif n'est pas de tout faire. L'objectif est de livrer des blocs de construction visibles et crédibles démontrant qu'un progrès coordonné est possible.

Jour 1 au Jour 30 :

Aligner les preuves et l'architecture de partenariats

Livrables :

  1. Data Room Vérifiée BASE1 v1

    Un référentiel structuré de preuves contenant les métriques vérifiées centrales utilisées dans ce manifeste, avec traçabilité des sources vers les quatre documents requis.

  2. Sprint de Priorisation des Pays

    Un sprint collaboratif pour présélectionner les pays initiaux où la préparation des données, la disposition institutionnelle et les partenariats de prestation sont les plus solides.

  3. Tables Rondes de Co-conception avec les Partenaires

    Des réunions avec trois groupes :

    1.  es acteurs du capital institutionnel,

    2. es acteurs de la finance numérique et de la distribution,

    3. les organisations de travailleurs et de l'écosystème.

  4. Projet de Protocole de Mesure

    Un protocole pratique pour la mesure de référence et le suivi du momentum, incluant la cadence de mise à jour et les routines de redevabilité.

Indicateur de succès au jour 30 : accord partagé sur l'architecture des pilotes et les critères de décision.

Jour 31 au Jour 60 :

Lancer la conception des pilotes et la préparation à la mise en œuvre

Livrables :

  1. Deux chartes constitutives de pilotes

    Chacune comprendra la population cible, le paquet de services, la gouvernance, les hypothèses de risque et le parcours de mise à l'échelle.

  2. Liste de vérification de mise en œuvre genrée

    Une liste vérifiée sur le terrain pour assurer que la conception des produits, la portée et l'accompagnement s'ajustent aux réalités des entreprises informelles dirigées par des femmes.

  3. Protocole de Gouvernance de la Voix

    Un protocole pour intégrer les organisations de travailleurs et communautaires dans les cycles de décision, pas seulement dans les cycles de communication avec les parties prenantes.

  4. Tableau de Bord Bêta de Préparation

    Un tableau de bord léger suivant la préparation à la mise en œuvre à travers les dimensions politique, opérationnelle, données et confiance.

Indicateur de succès au jour 60 : pilotes approuvés pour lancement avec des rôles clairs, des jalons et des objectifs d'apprentissage.

Jour 61 au Jour 100 :

Lancer l'exécution et publier le premier cycle d'apprentissage

Livrables :

  1. Activation des pilotes sur les sites sélectionnés

    Lancement des activités initiales de mise en œuvre avec les partenaires de terrain et les observateurs institutionnels.

  2. Note d'Apprentissage Trimestrielle 01

    Publication d'une note d'apprentissage publique résumant les signaux précoces, les adaptations et les goulets d'étranglement non résolus.

  3. Brief de Traduction du CapitalUn brief destiné aux acteurs du capital traduisant les preuves précoces de mise en œuvre en parcours d'expansion à risque atténué.

  4. Brief d'Expérience du Travailleur

    Un brief de partenaire fondé sur l'expérience directe des utilisateurs et les retours des metteurs en œuvre locaux.

Indicateur de succès au 1er août 2026 : première preuve mesurable que la coordination, et non les pilotes isolés, produit de meilleurs résultats.

Pourquoi ces cent premiers jours comptent

De nombreux programmes perdent leur élan parce que la stratégie reste abstraite et que les pilotes ne sont pas reliés à l'architecture de mise à l'échelle. Les cent premiers jours sont conçus pour éviter ce piège.

D'ici le 1er août, BASE1 prévoit de fournir quatre preuves :

  • preuve de discipline vérifiée des données,

  • preuve de gouvernance collaborative,

  • preuve de design de mise en œuvre actionnable,

  • preuve d'apprentissage transparent.

Si ces quatre preuves sont crédibles, l'expansion devient une question de systèmes, pas de marque.

Jalons de redevabilité publique pour le 1er août 2026

D'ici le 1er août, BASE1 publiera une annexe concise de redevabilité comprenant :

  • un tableau des métriques de référence utilisées dans le cadrage des pilotes,

  • un résumé de la participation des partenaires par type d'acteur,

  • les frictions de mise en œuvre identifiées et les actions correctives,

  • les résultats d'inclusion du premier cycle avec désagrégation par genre là où disponible,

  • et les priorités du cycle suivant pour septembre à décembre 2026.

Cette annexe est essentielle pour la confiance. Elle garantit que les affirmations précoces restent proportionnelles aux preuves et que les corrections de trajectoire se fassent à la vue de tous.

L'invitation

Ce manifeste se conclut par une invitation claire.

Ce n'est pas une invitation à adhérer à un récit. C'est une invitation à coconstruire des parcours de transition mesurables.

Si vous lisez ceci depuis un ministère, rejoignez-nous pour aligner le séquençage des politiques avec le séquençage de la mise en œuvre.

Si vous lisez ceci depuis une institution de financement du développement ou une fondation, rejoignez-nous pour connecter les engagements de capital à des modèles d'exécution convertibles sur le terrain.

Si vous lisez ceci depuis une fintech, un opérateur télécom ou une institution de microfinance, rejoignez-nous pour concevoir des produits qui s'ajustent aux rythmes économiques réels des travailleurs et des entreprises informels.

Si vous lisez ceci depuis une ONG, une fédération de travailleurs ou une organisation écosystémique locale, rejoignez-nous pour cogouvernier la logique de prestation et assurer que l'intelligence locale façonne le design du système dès le premier jour.

Notre invitation est guidée par un principe : aucun acteur isolé ne peut formaliser un système fragmenté seul.

Les sources derrière cette newsletter montrent que de nombreux ingrédients existent déjà :

  • des institutions de politique solides,

  • des mécanismes de capital en croissance,

  • des rails numériques en expansion,

  • des organisations communautaires de confiance.

Ce qui manque, c'est un alignement suffisant.

BASE1 est conçu pour aider à construire cet alignement.

Si vous choisissez de participer à ce premier cycle, nous vous invitons à apporter une contribution concrète :

  • un jeu de données,

  • un canal de pilote,

  • une fenêtre de politique,

  • une équipe de mise en œuvre,

  • ou un réseau de travailleurs.

Commencez par un. Construisez à partir de là.

En cette Fête du Travail, nous nous souvenons que le progrès est toujours venu de la collaboration organisée entre des personnes qui ont décidé que les systèmes existants n'étaient pas suffisants.

Le 1er mai 1886 était une revendication de dignité au travail.

Le 1er mai 2026 peut être le début d'un effort coordonné pour étendre cette dignité aux 2,1 milliards de travailleurs qui attendent encore des systèmes capables de les voir, de les servir et de croître avec eux.

Construisons ensemble ce prochain chapitre.

Impliquez-vous

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Références

  1. Gouanou, M.K. (2025). BASE 1 Technical White Paper: The Formalization Velocity Index™ (FVI). BASE1: The World Informal Economy Summit.

  2. BASE1 Research Team (2026). Partnership Landscape Analysis: Multilateral Development Banks, Bilateral Agencies, and Blended Finance Vehicles. BASE1: The World Informal Economy Summit.

  3. BASE1 Research Team (2026). Partnership Landscape Analysis: NGOs, Civil Society Organizations, and Ecosystem Players. BASE1: The World Informal Economy Summit.

  4. BASE1 Research Team (2026). Partnership Landscape Analysis: Fintechs, Telcos, Mobile Money Providers, and Microfinance Institutions. BASE1: The World Informal Economy Summit.

  5. International Labour Organization (2024). Women and Men in the Informal Economy: A Statistical Update. ILO Publications. Available at: https://www.ilo.org/publications/women-and-men-informal-economy-statistical-update

  6. International Labour Organization (2023). World Employment and Social Outlook 2023: The Value of Essential Work. ILO Publications. Available at: https://www.ilo.org/global/research/global-reports/weso/

  7. World Bank Group (2022). Informal Economy Database. World Bank Data Catalog. Available at: https://data.worldbank.org/

  8. International Finance Corporation (2023). MSME Finance Gap: Assessment of the Shortfalls and Opportunities in Financing Micro, Small and Medium Enterprises in Emerging Markets. IFC Publications. Available at: https://www.ifc.org/msme-finance-gap

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